Définition Victimologie et Psycho-Trauma

La Victimologie est un sujet d’étude riche en découvertes. Ses caractéristiques principales sont l’approche et l’accompagnement spécifiques qui sont proposés aux victimes. On sait maintenant que les personnes ayant vécu un événement potentiellement traumatisant risquent de développer des symptômes très spécifiques demandant donc un accompagnement adapté. 

Etre victime, c’est vivre une atteinte à son intégrité psychique et/ou physique, à son identité, à son intimité. Cela peut entraîner des symptômes importants, des troubles de comportements, des troubles du caractères qui peuvent invalider les victimes dans leur quotidien. 

Il est donc important de leur proposer un accompagnement adapté à leur profil afin de les aider à se réparer, à se reconstruire, à retrouver un sentiment de sécurité et de confiance en elle.

Lors d’un évènement violent ou d’évènements à répétition, les victimes peuvent être sujet à un stress (aigu ou adapté) et/ou confrontées au réel de la mort. Il y a alors incrustation, dans l’appareil psychique, de l’image qui fait traumatisme. 

Cet instant est hors temps, hors espace, hors langage. La victime est prise de saisissement et est transpercée par l’effroi. La personne a la sensation d’être face au néant. Elle se sent alors différente des autres, hors du monde des vivants, n’ayant plus accès à la parole pour parler de son vécu. Des sentiments de honte, d’abandon et de souillure peuvent apparaître. 

Elle est dans une confusion car elle n’a pas de mots pour dire ses sensations, émotions, pensées.

Le débriefing est une technique d’accompagnement qui a été élaborée pour aider ces victimes à s’extraire de leur traumatisme. Mais que se joue-t-il lors de cet accompagnement ? Que se passe-t-il au niveau sensoriel, émotionnel, intellectuel au fur et à mesure de leur progression ? Quand la parole ne vient pas, quand la personne n’arrive pas à communiquer sur « ce bloc traumatique », que peut-on leur proposer pour leur faciliter la mise en mot de leur sens, émotions et pensées ?

L’Art-Pédagogie®, qui utilise des supports d’expression personnelle tels que la peinture, le sable, la terre, peut être une réponse et/ou un complément à un accompagnement spécialisé et professionnel en Victimologie. le Débriefing et l’Art-Pédagogie® font appel à sa sensorialité, à ses émotions et à ses pensées pour aider l’émergence de sa parole et lui redonner ainsi son statut « d’être parlant ».

La Victimologie est un thème large qui touche beaucoup de domaines. Celui-ci traite de la violence conjugale, du harcèlement moral mais aussi de l’inceste, du viol, des accidents de la route, des maltraitances… On pourrait croire que ce sont des thèmes différents et pourtant si on s’intéresse de près aux victimes, on peut s’apercevoir qu’elles ont toutes vécu un ou des évènements potentiellement traumatisants. 

Il existe plusieurs niveaux de violences, de maltraitances, celles qui ne se passent qu’une seule fois d’autres qui se répètent sans cesse. Il y a aussi différents types de maltraitances comme les abus, les négligences, les carences, les distorsions.

On peut essayer de les classer, de faire une grille de gravité mais ce qui est important ce n’est pas l’échelle de gravité mais bien la souffrance de la personne. On peut évaluer son degré de vulnérabilité, répertorier les facteurs de risques. Cela peut l’aider à donner du sens à son vécu, à se reconstruire, lui apporter la reconnaissance de la société de son statut de victime. Cela n’enlève pas la souffrance et la douleur que la victime ressent mais cela peut l’apaiser. 

On sait que ces événements potentiellement traumatisants peuvent amener les victimes à développer certains symptômes somatiques, psycho-somatiques, des troubles du comportement, du caractère, des mécanismes de défense utiles en leur temps qui peu à peu éloignent la personne de sa vie. 

Les symptômes sont larges : dépression, asthénie matinale, mélancolie, problèmes physiques, conduites addictives, conduites à risque…

La personne « vit » au quotidien avec ces troubles qui l’encombrent. Etre victime, c’est vivre une atteinte identitaire et narcissique. Si la personne n’est pas accompagnée rapidement, elle risque de développer des réactions post-traumatiques, des manifestations psychosomatiques réactionnelles, des névroses traumatiques qui peuvent alors aboutir à une chronicité de ses maux et symptômes lourds à supporter pour la victime et plus difficile à traiter en accompagnement. 

Les victimes éprouvent souvent plusieurs émotions, sensations, pensées. Elle peuvent éprouver de la honte, la culpabilité, de la colère, de la haine. Elles peuvent souffrir de « maux » physiques ou psychiques.

Certaines arrivent à en parler, d’autres ne peuvent pas soit parce que cela est trop dur pour elle soit parce qu’elles sont dans une dissociation, dans une peur qui fait qu’elles font « comme si tout allait bien ». D’autres, par exemple dans des cas de violences conjugales, ont l’espoir que les choses s’arrangeront et donc minimisent les faits. D’autres n’arriveront pas à en parler parce qu’elles n’ont pas de mots pour dire l’horreur, pour dire ce qu’elles ont vécu.

Cela est d’autant plus vrai, lorsque le ou les évènements ont amené la personne à être confrontée au réel de la mort, c’est à dire lorsqu’il y a traumatisme psychique. 

De plus, on sait maintenant qu’après une période de latence, une névrose traumatique peut se déclencher.

« traumatisme psychique et névrose traumatique sont toujours liés à un événement, c’est à dire quelque chose qui est de l’ordre du perçu ou du ressenti comme nous l’avons déjà exposé. Les deux résultent d’une rencontre d’un événement et d’un sujet qui se produit dans un contexte déterminé. » (« traiter les traumatismes psychiques » .F. Lebigot, page 90).

Les facteurs tenant à l’événement vont être à la fois la violence des faits et la soudaineté. La notion de surprise est très importante car cela signifie que la personne n’est pas en état de vigilance, ce qui lui permettrait peut-être d’anticiper les faits ou de pouvoir avoir une réaction de stress adapté.

Les facteurs tenant au sujet sont liés à sa personnalité, à son état de fragilité et à ses antécédents personnels, familiaux, sociaux (deuil, violence,…), son état physique.

Il est donc vraiment important de repérer s’il y a eu traumatisme psychique, d’identifier ses effets car les conséquences peuvent être assez graves sur l’équilibre et le devenir de la personne.

Le traumatisme psychique

Tout d’abord, il est important de faire la distinction entre stress et traumatisme psychique.

Le stress est une réaction physiologique et psychologique face à une situation, à une menace imprévue. L’impact sur l’appareil psychique est très différent selon qu’il s’agisse de stress ou de traumatisme.

Freud, représente l’appareil psychique comme une vésicule vivante entourée d’une membrane « pare-excitation ». S’il s’agit d’un stress, cette membrane est déformée, la menace extérieure créant des tensions, des pressions. 

S’il s’agit d’un traumatisme, la menace surprend la personne et alors pénètre dans l’appareil psychique pour s’y incruster. Une image ou bloc traumatique, qu’on peut appeler aussi « corps étranger interne » traverse l’appareil psychique pour aller se greffer sur l’originaire (voir schéma annexe 1). La victime alors, confrontée au réel de la mort ne peut pas utiliser son champ de représentation pour pouvoir identifier ce qu’elle vient de vivre. La personne est envahie par le néant, là où il n’y a ni affect ni représentation. La victime peut percevoir un vide complet. On peut parler alors d’un sentiment d’effroi.

« l’effroi est ce moment où l’image traumatique pénètre dans l’appareil psychique, repousse les représentations et les signifiants qu’il contient et va s’incruster à son point le plus profond. » (« traiter les traumatismes psychiques » .F. Lebigot, page 39).

La personne est saisie par l’horreur et n’a plus accès au langage. La personne perd son statut d’être parlant. La personne est amputée de sa parole. On peut donc dire que le traumatisme est en lien direct avec la notion du langage. Ce même langage qui permet à tout individu de se relier au monde, de pouvoir faire partie de la communauté des vivants. 

La différence, donc, entre stress et traumatisme est cette effraction au cœur même de l’appareil psychique. En conséquence, lors d’un événement potentiellement traumatisant, la victime peut à la fois ressentir du stress et à la fois être traumatisée.

« l’image traumatique ne rencontre aucune représentation ; celles-ci sont comme mise à l’écart par l’espace qu’occupe le néant en train de s’installer. C’est le temps de l’effroi, sans pensée, sans idées, sans mots. Le sujet se vit comme ayant été abandonné par le langage, c’est à dire par ce qui fait l’être de l’homme. Il traduit cette expérience indicible par un abandon par l’ensemble des humains, mêlé d’un sentiment de honte devant sa déshumanisation. » (« traiter les traumatismes psychiques » .F. Lebigot, page 22).

Au moment de l’effroi, la personne est confrontée au néant.

Lors de l’effraction traumatique, la personne est comme devant un blanc, d’absence de soi. Elle n’a plus de mots pour pouvoir décrire ce qu’elle a vécu à ce moment précis.

Lors de la confrontation au réel de la mort, l’image traumatique traverse le champ de représentation et va se loger sur le refoulement originaire. La personne n’a donc pas accès à son monde symbolique et à son champ des représentations. L’événement n’a pas de sens pour elle. Elle ne comprend pas ce qui lui est arrivé. Cela peut provoquer un état de sidération.

Il faut tout d’abord rappeler que l’image traumatique se loge au plus près de l’originaire. L’originaire étant le lieu où se stockent les premières sensations qu’un bébé éprouve quand il est dans le ventre de sa mère, là où il n’a rien à demander, où tous ses besoins sont satisfaits. Or, lors de sa venue au monde, l’enfant sort de « ce paradis perdu ». Au fur et à mesure de son évolution, l’enfant apprend qu’il est un être indépendant de sa mère et qu’il doit demander pour satisfaire ses besoins ou désirs. C’est alors, qu’apparaît le langage. 

Or, lors d’un traumatisme psychique, le corps étranger va se loger dans le refoulement originaire. La victime va alors éprouver un sentiment de faute car il est interdit de revenir dans le paradis perdu, de faire en quelque sorte demi tour.

Lors de l’effraction traumatique, la victime peut avoir la sensation d’être souillée, salie. 

« Dans son appareil psychique, s’est incrustée une image qui ne devrait pas s’y trouver et qui fait tâche. » (« traiter les traumatismes psychiques » .F. Lebigot, page 117).

Quelque chose est rentré en elle et s’y est logé. Elle a l’impression que tout le monde peut voir cette tache. Elle ne sait pas comment l’enlever n’ayant pas de mots pour la nommer.

Le fait d’avoir été confronté à l’horreur peut amener un sentiment de déshumanisation et ainsi entraîner un sentiment de honte. Honte d’avoir vécu cela, honte de n’avoir pas « fait le nécessaire pour l’éviter ». La personne a eu la sensation de ne plus avoir été considérée comme un sujet mais a eu la sensation de n’être plus rien, d’être objet. 

Il y a aussi la honte d’avoir perçu ce qui est interdit : l’originaire. C’est la honte d’avoir la sensation d’avoir commis une faute et la peur que cette faute soit transparente.

La honte n’est pas dialectisable et peut entraîner des troubles du comportement, des conduites agressives, une dépression. Ce qu’il faut retenir, c’est que la honte est le socle de la névrose traumatique qui peut se déclencher après un événement traumatisant.

Le fait d’avoir été confronté à l’horreur peut entraîner un sentiment d’abandon. 

La victime peut s’être senti abandonnée par ses proches, par la société. 

Au moment de l’effroi, la victime s’est sentie seule, abandonnée, et ayant la sensation qu’elle était la seule à vivre cela. 

Cela l’a amené à penser qu’elle est devenue différente des autres, de « vivre sur une autre planète ». 

Ce sentiment est malgré tout dialectisable mais peut provoquer des troubles de caractère tels qu’un repli sur soi, des comportements abandonniques, des conduites d’addiction poussant à l’exclusion.

Après avoir vécu une effraction traumatique, la victime ressent souvent de la culpabilité. 

L’hypothèse est que cette culpabilité est un moyen de défense contre l’envahissement de l’angoisse. Elle permet à la victime d’avoir la sensation d’être encore un peu sujet car elle se dit alors, qu’elle a peut être un pouvoir sur les évènements, qu’elle aurait pu faire autrement.

Il est donc nécessaire lors d’une prise en charge, d’accompagner la personne à parler de sa culpabilité sans la déresponsabiliser dans l’événement vécu.

La culpabilité peut être le point d’appui pour un suivi thérapeutique.

Qu’il y ait ou non traumatisme psychique, les victimes ont beaucoup de difficulté pour réussir à mettre en mot ce qui leur est arrivé, de prendre la parole (qui donne du sens alors à leur vécu), de dire à un autre leur vécu.  

Il est important de toujours suspecter une maltraitance, un mal-être afin de faciliter sa reconnaissance et d’aider la victime à mettre en mot son vécu. La victime essaie de transmettre un message et le rôle de l’accompagnateur est de capter ce message c’est à dire de l’accueillir, de l’entendre, d’aider à le mettre en mot pour qu’il prenne sens dans la vie de la personne.

Depuis, quelques années, certaines personnes se sont intéressées de près à ces victimes, essayant de les accompagner, de créer des passerelles de communication, pour qu’elles puissent, si elles le souhaitent, parler de leurs vécus et puissent se sentir entendues, écoutées. 

Ces professionnels essaient de réaliser des accompagnements adaptés, de créer des espaces-temps sécures et contenants afin que ces victimes puissent « panser » leur blessures psychiques, pour qu’elles puissent se restaurer, retrouver une estime d’elle-même, retrouver leur statut d’être faisant parti de la communauté des vivants, de se sentir à nouveau exister en tant que personne à part entière.

Il existe des centres spécialisés, des professionnels formés pour accompagner les victimes et les aider à reprendre le cours de leur vie. Il est primordial de les reconnaître en tant que victime pour qu’elles puissent retrouver leur place de sujet vivant, retrouvant petit à petit leur intégrité. 

Comme on a pu le constater, les conséquences d’un processus de victimation peuvent être très importantes tant au niveau symptômes qu’au niveau du comportement et du caractère.

Il sera donc important pour accompagner au mieux la victime, de prendre en compte différents facteurs :

  • la personne : son état psychique (avant, pendant, après l’événement), son histoire personnelle, ses capacités mentales, sa vulnérabilité…
  • le contexte des faits : identification du ou des faits (accident, maltraitance…) ; prendre en compte le lien avec l’agresseur en cas de maltraitance, viol, inceste, ; identifier les moyens de manipulations pour arriver aux actes ; s’il y a eu emprise…
  • le contexte environnemental : l’attitude de l’entourage, des professionnels, …

Il est essentiel de proposer un accompagnement adapté, le plus tôt possible, aux victimes afin qu’elles ne développent pas un processus de chronicité de symptômes, ce qui pourrait l’entraver dans sa vie au quotidien, dans son mode relationnel et modifier son comportement et son caractère à long terme. 

Il existe différents modes de traitement, de relation d’aide, d’accompagnement, de professionnels qui peuvent être proposés aux victimes : 

  • au niveau juridique : association de soutien, de conseil et accompagnement tout au long de la procédure judiciaire s’il y en a une…
  • au niveau de la santé : prise en charge médicale, hospitalisation pour prévenir, soulager les maux physiques, les plaintes somatiques…
  • au niveau psychologique : psychothérapies analytiques, cognitives, comportementales, sophrologie, art-thérapie, EMDR…, entretien individuel ou collectif…

Chaque victime doit être écoutée, entendue dans sa souffrance et douleur. Elle doit pouvoir trouver un lieu, un espace propice à l’émergence de sa parole et des moyens qui s’adaptent à ses symptômes. 

Toutes ces techniques ont pour but de soutenir la personne dans son travail de réparation, de reconstruction. Mais pour l’orienter au mieux, il est vraiment important de repérer ce qui a trait au stress, ce qui a trait aux conséquences de l’événement et ce qui a trait au traumatisme psychique. 

En effet, on ne propose pas les mêmes outils, méthodes s’il s’agit de stress ou d’un traumatisme psychique. Il est donc important que des personnes spécialisées en Victimologie puissent ainsi identifier ce qui a trait au stress et au traumatisme afin d’adapter au mieux leur accompagnement et leur prise en charge thérapeutique. 

Un traumatisme psychique, s’il n’est pas traité peut entraîner un syndrome de répétition qui va être la reviviscence des évènements sous forme, entre autre, de cauchemars, hallucinations, remise en acte. 

Il peut y avoir une période de latence plus ou moins longue où la victime aura des symptômes tels que crises d’angoisse, problèmes de sommeil, hyper vigilance, fatigue des matins, dépression, mais sans le syndrome de répétition.

Enfin, une névrose traumatique peut « s’installer » avec le temps. Elle se caractérise par la présence d’un syndrome de répétition et par la présence de symptômes névrotiques tels que troubles du comportement (conduites addictives, passage à l’acte), troubles du caractère (irritabilité…), dépression ainsi que plaintes somatiques et psychosomatiques.

Cela sera accentué, si par auto-défense, il y a eu déni de l’effroi, perte de connaissance ou dissociation péri-traumatique . La personne aura des difficultés à remettre l’évènement dans le cours de sa vie à cause des pertes de mémoire ou de sensation.

Comme nous l’avons vu le chapitre précédent, lorsqu’il y a traumatisme psychique, la personne est dans une confusion et n’a pas de mots pour dire son vécu. Elle est hors langage. C’est à l’accompagnateur de venir vers elle pour qu’elle puisse renouer avec les mots. 

Comment, alors, lui permettre de mettre des mots là où elle a rencontré le néant, cet espace-temps de non parole ? Comment l’aider à mettre en mot, à revisiter ce moment d’effroi pour qu’il ne fasse plus effraction, ni corps étranger à l’intérieur d’elle-même ? Comment aider ces personnes ayant perdu leur qualité « d’être parlant » ? 

Toujours dans l’optique de proposer une méthode adaptée à chaque situation , une méthode d’accompagnement spécifique a été créée afin de permettre à la personne de revisiter l’évènement traumatique pour ne plus y rester « coincée ». C’est ce qu’on appelle «le débriefing». 

Le débriefing se fait, en général, en une fois (quelques fois en deux fois). Ensuite, un suivi thérapeutique adapté à la personne sera proposé pour aider la personne à reprendre le cours de sa vie et traiter certains troubles attenants à l’événement ou à son histoire personnelle. 

Il existe le débriefing collectif pour un groupe et le débriefing individuel.

Le débriefing n’a pas pour vocation de guérir la personne ni à résoudre tous ses troubles mais a pour but d’aider la personne à revisiter entièrement l’événement, afin de pouvoir mettre en mot son vécu en passant par ces émotions, sentis (odorats, vue, toucher goût, ouie), ses pensées qui l’ont habité lors de ce moment. Il permet aussi de repérer le moment où la personne a vécu l’effroi par un balayage systématique de tous les instants et ainsi permettre à la personne de pouvoir retrouver une cohérence et des liens avec son champ de représentation.

La parole ne suffit pas. 

En effet, une victime peut parler de son vécu sans pour autant s’en libérer. Bien au contraire, demander à une victime de reparler de son traumatisme sans un accompagnement précis peut l’amener à replonger dans son traumatisme et ainsi causer encore plus de dégâts psychiques.

On peut observer comment dans certaines situations comme par exemple un dépôt de plainte, ou pendant la procédure judiciaire (devant le juge ou l’expert), la victime est soudain replongée au cœur de l’horreur, comme aspirée par le néant. Pourtant elle parle de l’événement. Mais derrière les mots, il y a le vide, il y a l’absence de représentation des mots dits. Comme on l’a vu précédemment, l’effroi fait perdre l’accès à la parole par une mise à l’écart des représentations. Par conséquent, extérieurement, on peut penser que la personne comprend ce qu’elle dit alors qu’en fait, la personne est comme absente, ses mots vidés de sens. Elle est comme dissociée. Elle a du mal à remplir ses mots de sens, d’utiliser les bons termes car ce n’est pas appréhendable pour elle. Rien ne fait sens pour elle.

Il est donc nécessaire d’accompagner la victime sans la faire replonger dans l’horreur, sans la remettre en danger. Il est primordial de respecter quelques principes essentiels que l’on peut retrouver dans la technique du débriefing.

Cette méthodologie permet à la personne de reparler de son vécu sans pour autant la replonger dans son traumatisme. Elle le retraverse pour en prendre de la distance et le regarder autrement.

C’est l’activité au cours de laquelle un professionnel formé en Victimologie invite le sujet rescapé ou impliqué dans un événement potentiellement traumatisant à verbaliser leur expérience de cet événement, afin d’être en mesure de la maîtriser et d’éviter une évolution pathologique.

  • Fonction d’accueil et de présence : importante d’autant plus si la personne s’est senti abandonnée. C’est représenter la communauté des hommes.
  • Fonction d’interlocution : offrir son écoute et peut être aider la personne à sortir de la confusion dans laquelle l’effroi l’a plongée.
  • verbaliser les émotions
  • resituer la personne dans le temps et l’espace
  • restituer à la personne, son statut de sujet et l’assurer qu’elle sera soutenue
  • aider à maîtriser l’événement par le langage en verbalisant l’expérience vécue.
  • atténuer les sentiments négatifs de culpabilité, d’impuissance et d’échec. 
  • mettre un point final à l’expérience.

Par une méthodologie précise de l’entretien, l’accompagnateur invite donc la victime à revisiter, retraverser l’événement et à s’arrêter à chaque instant pour qu’elle puisse exprimer de manière très détaillée, ses sensations, ses émotions, ses pensées. C’est comme un balayage pour trouver le moment de l’effroi afin de permettre à la victime de lui redonner sens, de lui permettre de le rattacher au cours de sa vie et le replacer dans une temporalité.

Il ne faut pas oublier que l’image traumatique est comme un bloc qui se loge dans l’appareil psychique sans lien avec le reste. Il n’a ni lieu, ni espace, ni temps. 

Souvent, il est important de partir des quelques minutes, heures, jours qui ont précédé l’événement et de terminer le débriefing en aidant la personne à se projeter dans le futur immédiat. 

Lors de ce processus d’accompagnement, la victime peut ainsi poser son vécu, face un tiers (en l’occurrence l’accompagnateur), sans crainte d’être à nouveau enlisée ou happée par le néant. Elle pourra ainsi recréer un lien avec son histoire, lui redonner sens afin de ne plus être « hantée » ou bousculée, percutée par cette image traumatique. Elle pourra redevenir actrice et sujet de sa vie. Elle remettra l’événement traumatique dans le cours de sa vie comme un souvenir.

« sortir du traumatisme, c’est se réconcilier avec-soi même, redevenir acteur de sa propre vie en acceptant le fait qu’on oublie jamais ce qui nous est arrivé. » (« la cause des victimes : approches transculturelles » G. Payet et JL. Roche, page P18).

L’Art-Pédagogie® est une méthode d’aide à la personne qui associe Art-Expression et Pédagogie.

Art-Expression® : technique ou activité qui suppose une participation active du corps et de la pensée où l’acte créateur peut permettre d’établir une relation avec soi et/ou les autres. C’est mettre en valeur et en mouvement le potentiel créatif. C’est pouvoir exprimer une pensée, un ressenti, une émotion à travers un objet médiateur (par leur mise en représentation) en vue d’une possible mise à distance et d’une possible transformation. 

Pédagogie : méthode d’accompagnement active, personnalisée et adaptée à chaque participant dans un cadre sécurisant et contenant. 

Le participant est actif à chacune des étapes suivantes :

  • Définir un objectif principal ou un sujet de réflexion
  • Déterminer les objectifs d’une séance 
  • Choisir la technique artistique adaptée à la personne et à son objectif
  • « S’apprendre » et se comprendre à travers un espace de production artistique
  • Evaluer la séance 

Les principaux objectifs sont de : 

  • Atteindre un mieux-être
  • Acquérir une autonomie et une mise en confiance
  • Etablir un dialogue avec soi et autrui
  • Faire appel à ses ressources personnelles
  • Mettre en valeur et développer ses capacités, ses compétences
  • Utiliser son potentiel créatif
  • Favoriser l’émergence de la parole
  • Favoriser l’expression d’une émotion, pensée, ressenti

l’Art-Pédagogie® est une méthode de relation d’aide et d’accompagnement centrée sur la personne qui peut être un support de construction, de reconstruction par une valorisation des ressources et des capacités personnelles des personnes

Elle s’appuie sur les capacités et l’expérience de chaque participant afin qu’il puisse avoir accès à un moyen de communication avec lui-même ou avec autrui.

L’Art-Pédagogie propose des outils qui font appel à la sensorialité, aux émotions et aux pensées pour aider l’émergence de la parole et redonner ainsi un statut « d’être parlant », là où la personne peut être démunie de mots.

L’Art-Pédagogie, utilise des techniques d’expression personnelle tels que la peinture, le sable, la terre. Chaque production d’expression personnelle est un support à la parole. D’une part, un thème de travail est choisi et est un support à l’expression personnelle. La personne fait alors appel à son champs de représentation pour façonner et mettre en forme, ses pensées, émotions, sensations. Il s’établit un rapport dialectique entre la pensée et l’action. 

D’autre part, la production d’expression personnelle sert de support de communication. La personne, ayant projeté une part d’elle-même dans sa production, va alors mettre en mot, pour un autre (l’accompagnateur), ce qu’elle a, à la fois, vécu pendant la séance et ce que sa production représente et symbolise pour elle. 

Le participant peut ainsi avoir accès à son champ de représentation et redonner sens à son vécu en posant des mots face à sa production d’expression personnelle.

Il redevient sujet, sujet de sa création d’expression personnelle et sujet de sa vie pour l’amener à une autonomie, une mise en confiance en faisant appel à ses ressources personnelles.

L’art pédagogie peut utiliser tout support technique qui permet l’expression personnelle et pouvant aider à l’émergence de la créativité.

Les supports actuellement utilisés sont : 

  • La peinture
  • Les mandalas
  • Les contes
  • Le sable
  • La terre
  • Le collage
  • Les marionnettes
  • La danse-expression (danse libre, utilisation des danses de salon…)
  • La musique-expression et voyage sonore

Après une phase d’accueil et d’écoute, le participant, aidé par l’art-pédagogue choisit le thème sur lequel il souhaite s’exprimer. Ensuite, il choisit le matériel artistique.

Puis, il réalise sa production d’expression personnelle sous le regard de l’art-pédagogue. Celui-ci a un rôle d’observateur. Il note à la fois le processus créatif mais aussi la gestuelle, le comportement du participant.

Une fois son œuvre terminée et signée, l’auteur prend du recul et commence à mettre en mots ce qui s’est joué en lui durant le temps de création. Il peut ainsi s’exprimer à la fois sur ses sensations, idées, émotions, pensées qui l’ont traversé et prendre comme support son œuvre pour pouvoir, à l’aide de symbole (couleur, forme, perspective), faire le lien entre sa production et l’événement qu’il a mis en « scène » par sa production. 

Une fois, que le participant estime avoir fini de faire des liens, associations, il termine en donnant un titre à sa production.

Durant une séance, il est possible qu’il y ait 2 phases de production.

La séance se termine par une synthèse de l’atelier.

L’art-pédagogue a comme fonction :

  • une fonction d’accueil et d’écoute : il est attentif et est centré sur la personne.
  • une fonction d’observation : Il est essentiel qu’il prenne en compte tout ce qui se passe durant l’activité. Tout a du sens, que ce soit au niveau production qu’au niveau attitudes, comportement, gestuelle.
  • Une fonction de contenant : il doit accueillir ce qui est fait, dit, sans se laisser submerger par ses propres émotions. Il est là pour accueillir ce qui est déposé (parole, production, gestuelle…) sans interpréter, sans juger, en toute neutralité bienveillante. 
  • Une fonction de sécurité : il est garant du cadre, des repères spatio-temporels afin que la personne puisse s’exprimer en toute sécurité.

B. Capelier (1980) résume la condition humaine en trois prémisses :

  • l’homme est cet être qui se fait image
  • l’homme est cet être qui se fait des images
  • l’homme est cet être qui fait des images.

(« sur les traces du sujet » S.Païn, G. Jarreau, page16).

  • l’homme est cet être qui se fait image

 « ce qui est le propre de l’homme, c’est la capacité d’investir une forme quelconque pour lui donner la qualité d’image. » (« sur les traces du sujet » S.Païn, G. Jarreau, page17).

  • l’homme est cet être qui se fait des images

Le travail proposé en Art-Pédagogie est centré sur la recherche du sujet pour trouver et élaborer un univers d’images signifiantes.

Elle fait appel au symbolique pour que chaque participant puisse représenter une idée, une pensée, une émotion, une sensation.

  • l’homme est cet être qui fait des images.

Durant l’atelier, le participant réalise des productions picturales, en terre, avec le sable…

Il fait des images, des représentations concrètes et réelles.

Mais ce qui caractérise l’Art-Pédagogie est le fait que la personne réalise une production, d’une part sous le regard d’un autre et pour le regard d’un autre.

Ce qu’elle crée, elle le fait pour communiquer, pour pouvoir mettre en mot ensuite ce qui s’est passé en elle et ce que signifie pour elle cette production. 

Au fur et à mesure, elle met du signifiant dans ses créations. 

« l’activité de l’artiste plastique est un va et vient entre le geste qui laisse une trace et le regard qui contrôle le résultat et anticipe le prochain geste. … celui-ci passe de la pensée qui construit l’image à l’action qui va à sa rencontre, pas à pas comme un dialogue. » (« sur les traces du sujet » S.Païn, G. Jarreau, page54).

Même si chaque technique a sa spécificité, chaque technique fait appel soit à la sensorialité, émotions, pensées, sensations du corps.

Le fait de créer, d’être dans l’action permet à la personne de ne pas rester coincée dans son mental à ressasser ou ruminer des idées, pensées… C’est utiliser un médiateur pour d’une part communiquer avec soi-même et communiquer avec un autre.

Le fait de faire une production d’expression personnelle permet à la personne de pouvoir sortir d’elle-même, une image, une sensation. Elle peut lui donner « corps » et la partager avec un autre. Elle peut ainsi la regarder de loin, nommer les éléments représentés. 

Avant chaque exécution d’une production, la personne choisit un thème qui va lui servir de support de création. Il peut s’agir de représenter une sensation, une émotion, une idée, une scène vécue. La personne ne se retrouve pas devant une page blanche sans avoir un support de réflexion et de création. 

Cela lui peut lui permettre de faire un lien entre la sensation, l’idée qu’elle souhaite représenter et ses pensées, ses gestes créatifs.

Cela fait appel à son champ de représentation. 

Il est important de souligner qu’en aucun cas l’accompagnateur ne doit interpréter les formes, les couleurs, la production du sujet.

Il est primordial de laisser ce champ de liberté à l’auteur afin que celui-ci puisse mettre en parole d’une part son processus de création, d’autre part sa production. 

Ici, ce n’est pas la « qualité artistique » qui compte mais bien la qualité d’expression personnelle qui va permettre une mise en forme et enfin une mise en mot.

  • L’espace-temps : les ateliers se font dans un temps et un espace donné. Il est primordial de bien l’inscrire dans l’accompagnement en précisant à la personne que c’est un temps et un lieu pour elle, pour qu’elle puisse déposer ce qu’elle souhaite.
  • Les différentes phases de l’atelier : aident la personne à repérer les différentes activités de l’atelier pour que celui-ci soit un repère spatio-temporel.
  • Les consignes : elles sont essentielles car elles sont un repère pour la personne dans son processus de création. Il est intéressant de noter si la personne les respecte ou au contraire ne les suit pas. Il peut s’agir du temps donné pour réaliser sa production, comme le fait de faire du figuratif ou de l’abstrait, avec tel matériel….

Etre victime, c’est vivre une atteinte dans son intégrité psychique ou physique pouvant entraîner d’importantes conséquences tant au niveau corporel qu’au niveau psychique.

Une des fonctions de la Victimologie est d’accompagner la victime dans un travail de reconstruction et de réparation. Pour pouvoir aider et accompagner de manière efficace, ces victimes, des méthodes, des outils adaptés et spécifiques ont été créés, des réseaux de professionnels se sont constitués.

Lors d’un événement potentiellement traumatisant, les personnes peuvent être submergées par des émotions, sensations, pensées difficiles à mettre en mots telles que l’effroi, la honte, l’abandon , la souillure, la culpabilité.

Une technique d’accompagnement est alors proposé aux victimes : le débriefing. Elle permet à la personne de revisiter l’évènement potentiellement traumatisant pour qu’elle puisse mettre des mots sur son vécu et ainsi pouvoir se resituer dans un temps et un espace donné. Il peut aussi aider la personne à retrouver son statut de sujet, « d’être parlant », de retrouver sa place dans le monde des vivants, le monde de la communauté des hommes.

Or, on sait que certaines personnes sont dans une telle confusion, qu’il leur est difficile de pouvoir mettre en mot, leur vécu. Elles sont hors langage, n’ayant pas de représentation pour exprimer leur vécu.

Il peut donc être intéressant, en tant que victimologue, de leur proposer des supports d’expression personnelle qui peuvent les aider à faire appel à leur champ de représentation, à leur monde du symbolique et à leur imaginaire.

l’Art-Pédagogie® est une méthode de relation d’aide et d’accompagnement centrée sur la personne dont les principaux objectifs sont d’atteindre un mieux-être, acquérir une autonomie et une mise en confiance, établir un dialogue avec soi et autrui, faire appel à ses ressources personnelles, mettre en valeur et développer ses capacités, ses compétences, utiliser son potentiel créatif.

L’étude des vignettes cliniques montre que les outils proposés par l’Art-Pédagogie® sont un support à l’émergence de la parole. Tout au long des vignettes cliniques, on peut remarquer l’importance des productions (qu’elles soient picturales, par le sable ou par les contes) comme trace de vécu. La personne peut se servir de sa production comme objet relationnel, comme point de rencontre avec l’autre par le fait de nommer les différents éléments de sa production et les sensations, émotions, pensées qui les accompagnent. Elle peut redevenir auteur de sa vie par le fait d’être auteur de sa création et redevenir sujet par le fait, en autre de signer sa production.

L’Art-Pédagogie® peut donc aider à atteindre les principaux objectifs du débriefing tels que la fonction d’accueil et d’interlocution, resituer la personne dans le temps et l’espace, la verbalisation des émotions, aider à maîtriser l’événement par le langage en verbalisant l’expérience vécue.

De plus, contrairement à la méthode du débriefing utilisée lorsqu’il y a déjà suspicion d’un traumatisme psychique, l’Art-Pédagogie® peut révéler l’existence d’un traumatisme psychique non repéré. Ainsi, le fait de pouvoir exprimer une souffrance à travers des supports d’expression personnelle peut permettre l’émergence d’une image traumatique.

« Dès que l’enfant peut se projeter en dessin sur la surface blanche d’une feuille de papier ou former dans la pâte à modeler un objet par ses mains, il propose au thérapeute un lieu relationnel d’où peut surgir du sens entre lui et l’autre. par la mise en forme de l’objet inter-subjectif, il sort ainsi de lui-même, il existe (ex-sistere : sortir de ). Sa production est non seulement l’expression imagée et commentée de ce qu’il a subi, du travail qu’il fait à partir de la situation première, mais c’est le lieu multiplié où ça parle. Il ne s’agit plus d’explication : la vie et la parole ne sont pas dans la logique de la raison, mais dans la lumière de la résonance de deux corps parlant ». (« l’enfant et le diable », L. Daligand, P318)

Et cela bien sûr peut s’appliquer à un adulte.

L’accompagnateur est alors témoin de la re-émergence de la personne. Elle prend corps au cœur de la personne pour lui donner tout sa dimension d’être humain, en lien avec les autres. 

Par conséquent, en cas de processus de victimation, d’évènements graves, un victimologue doit être capable d’accueillir au mieux la victime, de lui donner des outils pour qu’elle puisse mettre en mots son vécu, retrouver son statut « d’être parlant », de se revaloriser et d’apporter un cadre sécure et contenant aux personnes en leur proposant des outils adaptés à leur profil tels que le débriefing ou bien, si la parole fait défaut, des outils faisant appel à leur champ de représentation.

Comme nous l’avons vu tout au long du mémoire, l’Art-Pédagogie® peut fournir ces outils et peut donc être un bon complément dans l’accompagnement spécialisé au victime.