L’Art-Pédagogie® et le traumatisme psychique

Le traumatisme psychique est une confrontation brutale avec le réel de la mort, un réel qui ne peut être intégré dans l’appareil psychique par le biais des représentations habituelles. Contrairement aux souvenirs, qui subissent des transformations au fil du temps et de leur inscription dans le réseau des représentations, l’image de la mort ne trouve aucun ancrage symbolique. Elle demeure une pure trace mnésique, un élément brut du réel qui s’impose au sujet sans médiation. Ce phénomène entraîne une mise à l’écart des représentations, un processus qui joue un rôle clé dans la souffrance psychique du sujet traumatisé.

En temps normal, l’appareil psychique traite les perceptions en les transformant en représentations. Ces représentations, issues d’expériences antérieures, permettent de structurer la réalité du sujet en intégrant les nouvelles perceptions dans un réseau déjà constitué. Chaque individu élabore ainsi une réalité propre, modulée par son histoire et sa structure psychique.

Les souvenirs, eux, ne sont jamais des répliques exactes d’un événement. Ils évoluent, se modifient et s’intègrent dans le tissu des autres représentations. Ce travail de transformation permet d’adoucir les expériences douloureuses, d’y attribuer du sens et de les inscrire dans un récit cohérent.

Lorsqu’un sujet est confronté à une situation où la mort se manifeste de manière brutale (que ce soit la sienne ou celle d’un autre), l’image de cette mort ne peut être intégrée aux représentations psychiques. En effet, il n’existe pas de représentation inconsciente de la mort en tant que telle. Comme le souligne Freud, bien que nous sachions que nous allons mourir, nous vivons comme si nous étions immortels.

L’image traumatique de la mort pénètre donc l’appareil psychique sans transformation possible. Elle ne s’inscrit pas dans le réseau des représentations mais reste figée, intacte, un peu comme un « corps étranger interne » qui ne peut être assimilé. C’est cette impossibilité d’intégration qui explique le phénomène du syndrome de répétition, où le traumatisé revit l’événement sous forme de flashbacks, de cauchemars et de reviviscences.

L’un des effets immédiats du trauma est l’état d’effroi, un moment où le sujet est submergé par le néant. Cet état est caractérisé par l’absence totale de pensées, de mots et d’affects. Contrairement à la peur ou à l’angoisse, qui impliquent un certain degré de représentation et de mise en sens, l’effroi est un vide psychique total.

Dans ce contexte, les représentations habituelles sont mises à l’écart. Le sujet ne parvient pas à élaborer ce qu’il vit, il est littéralement figé, incapable de transformer l’événement en un récit assimilable. Cette mise à l’écart des représentations se traduit par une impossibilité de symboliser l’expérience et explique la souffrance chronique qui en découle.

Le fait de ne pas pouvoir mettre en mots ou en images l’expérience traumatique entraîne un profond sentiment d’abandon. Le sujet se vit comme coupé des autres, incapable de partager ce qu’il a vécu. Ce vécu d’abandon est parfois si intense qu’il se traduit par un sentiment de honte et de déshumanisation. Certains traumatisés décrivent leur expérience en des termes très forts, affirmant s’être sentis « réduits à l’état de bête ».

L’incapacité à intégrer l’expérience traumatique dans un réseau de représentations entraîne souvent un isolement progressif du sujet. L’individu devient taciturne, agressif, méfiant et peut développer des tendances paranoïaques. Le sentiment d’abandon initial peut se transformer en une attitude de rejet actif : se faire abandonner, provoquer des ruptures relationnelles, s’exclure lui-même de toute vie sociale.

Selon certains auteurs, la mise à l’écart des représentations rapproche le sujet d’expériences archaïques profondément refoulées. L’effroi du traumatisme réactive des vécus précoces de néantisation ou de morcellement, proches de ceux du nourrisson ou du fœtus. Cette régression vers une zone archaïque du psychisme peut générer un sentiment diffus de culpabilité, que le sujet ne comprend pas toujours.

La mise à l’écart des représentations dans le traumatisme psychique est une conséquence directe de l’incapacité du sujet à intégrer l’image de la mort dans son appareil psychique. Ce phénomène explique l’effroi initial, le syndrome de répétition, ainsi que les troubles psychiques et sociaux qui en découlent. L’enjeu thérapeutique majeur est alors de permettre au sujet de réinscrire progressivement l’expérience traumatique dans un processus de symbolisation, afin de réduire son caractère brut et envahissant.

L’Art-Pédagogie® est une méthode innovante d’accompagnement centrée sur la personne, qui intègre l’art dans le processus d’apprentissage et de guérison.   Cette approche met l’accent sur la créativité, l’expression personnelle et le développement de soi, permettant aux individus de mobiliser leurs ressources personnelles pour leur épanouissement et leur résilience.

L’une des spécificités de l’Art-Pédagogie® est son travail sur le champ des représentations des personnes. En faisant appel à ce champ, la méthode permet aux individus de mettre du sens sur leur vécu en utilisant des médiateurs d’expression de soi tels que la peinture, la musique, la danse ou des supports naturels. Ce processus facilite l’expression et la mise en sens du vécu et des douleurs intérieures. Elle favorise une meilleure compréhension de soi.  

Dans le traitement des traumatismes, l’Art-Pédagogie® propose une méthodologie innovante et efficace. Elle aide la personne à mettre du sens sur son vécu, permettant une recontextualisation du traumatisme en traitant l’hypermnésie émotionnelle (souvenirs émotionnels intenses) et l’amnésie contextuelle (oubli du contexte). 

L’objectif est de rétablir le lien entre ces deux mémoires pour favoriser l’intégration du traumatisme. Cette approche contribue également à mobiliser les ressources de résilience, à restaurer l’estime et la confiance en soi, et à reconstruire l’intégrité psychique de la personne accompagnée.  

En somme, l’Art-Pédagogie® utilise le champ des représentations pour permettre aux individus de s’exprimer autrement, de donner du sens à leur vécu et de favoriser leur processus de guérison face aux traumatismes.